MISSION EN POLYNESIE
MISSION EN POLYNESIE
Suivi des sites de ponte de tortues marines sur l'atoll de Tetiaroa.
Destination de rêve pour cette mission.
Les vingt-deux heures d’avions seront vite oubliées.
Tétiaroa ? C'est où ?
Vous cherchez Tahiti et vous remontez un peu au Nord sur une cinquantaine de Kilomètres.
C’est là ! Un atoll composé d’une douzaine de Motu.
Aucune passe ne permet de pénétrer à l’intérieur de l’atoll.
Préservé jusqu’à aujourd’hui des promoteurs, un projet a récemment vu le jour pour y construire un hôtel version super luxe mais qui doit respecter l’environnement.
Espérons que cette volonté perdure dans le temps.
Deux heures de navigation pour atteindre l’atoll en partant de Papeete. Le débarquement est déjà une aventure.
Une plateforme à l’extérieur de la barrière de corail a été
construite pour pourvoir débarquer.
Une grue permet de faire transiter les matériaux, nourriture et autres nécessités qui sont indispensables à la vie sur le motu et à la construction de l’hôtel.
Nous partons peu de temps après notre arrivée faire le tour du motu Onetahi où nous sommes hébergés.
Nicolas, le biologiste marin qui nous accueille, veut nous montrer des traces fraiches de tortues qui sont venues pondre.
Il veut également en profiter pour vérifier deux nids, où d’après lui les bébés tortues devraient avoir rejoint la mer.
Les traces de tortues qui sont venues pondre sont bien visibles et facilement reconnaissables. Nous apprenons vite à reconnaitre la trace montante et celle descendante. Nous arrivons au premier nid supposé avoir éclos.
Nicolas nous montre ce qu’il appelle le cône d’émergence qui indique que les éclosions ont bien eu lieu.
Pour confirmer, il creuse le nid. Cette opération fait partie du travail qui doit être effectué et qui permet de vérifie
r le nombre d’œufs qui ont éclos.
Une fois le comptage effectué, les coquilles sont remis dans le nid et ce dernier est rebouché de façon à laisser l’endroit dans
son état initial.
Une centaine de coquilles sont sorties du nid, un œuf avec un bébé mort et deux autres bébés qui eux sont bien vivant m
ais restés au fond du nid.
Ils iront rejoindre la nurserie qui se trouve à Mooréa. Cette nurserie recueille des tortues blessées et des bébés qui sont relâchés au bout de six mois. L’association espère ainsi
sauver quelques spécimens et augmenter le nombre de bébés qui survivront (environ 1% des bébés atteignent l’âge adulte dans leur milieu naturel).
Le deuxième nid que nous devons vérifier est également prometteur.
Un cône d’émergence est également visible.
Nicolas me propose de le creuser. Je n’aurais pas besoin de creuser beaucoup, ils sont à la porte à attendre la nuit pour rejoindre la mer.
Nous sortons une
soixantaine de bébés qui seront élevés sur Onetahi jusqu’à leur remise à l’eau dans 6 mois.
Une première journée prometteuse.
Nous s
ommes quatre volontaires sur cette mission.
Deux équipes de deux pour assurer un suivi la journée pour une des équipes et l’autre qui assurera la surveillance de nuit sur un des motus.
L’activité pour l’équipe de jour consiste à repérer les nouvelles traces, faire les relevés qui caractérisent les nouveaux nids et creuser ceux pour lesquels les émergences ont eu lieu pour comptabiliser les œufs.
Toutes ces données sont archivées et permettront de mieux comprendre les raisons qui font que les tortues viennent pondre ou ne viennent plus.
Elles permettront également de mieux préserver l’environnement des sites de ponte.
L’équipe de nuit doit quant à elle marcher sur la plage du motu où elle se trouvera pour repérer les tortues venues pondre.
Le but est de pouvoir observer la ponte, de mesurer la tortue, la baguer et compter les œufs pondus.
Ces opérations sont facilement réalisables une fois que la tortue a commencé à pondre. Elle rentre alors dans une sorte de transe et donne l’impression d’ignorer complètement ce qui se passe autour d’elle.
Avec Valérie, nous assurons l’équipe de nuit la première semaine. Pendant les six premières n
uits nous marchons sur la plage de 21h30 à 4h du matin.
C’est la saison des pluies et nous sommes fréquemment arrosés. Les pluies ne durent jamais bien longtemps et la température autour de 28°C nous permet de supporter cette humidité facilement.
Les trois premières nuits, pas de tortue.
Ce n’est pas pour autant qu’il ne se passe rien.
Nous observons des fous bruns et des fous à pattes rouges qui nichent à même le sol ou à qu
elques mètres au dessus du sol.
Les kavéus, plus connus sous le nom de crabe des cocotiers nous ferons quelques petites frayeurs.
De même pour les rats que nous rencontrons de temps en temps.
Nous aurons l’occasion également d’observer des petites murènes qui viennent très près du bord chercher leur nourriture.
Il faudra attendre la quatrième nuit pour voir notre première tortue. Il est 23h00 et elle vient juste de sortir de l’eau. Nous avons prévenu Nicolas qui arrive peu de temps après avec l’autre équipe Laurence et Michèle.
Dans un premier temps, la tortue cherche le meilleur endroit pour creuser son nid. Elle peut ainsi commencer à creuser, s’apercevoir que l’endroit est plein de racines, s’arrêter, recommencer un peu plus loin et ceci plusieurs fois.
Une observation effectuée quelques semaines auparavant a permis de constater quatorze tentatives pour que finalement la tortue regagne la mer sans avoir pondu.
Nous aurons plus de chance, celle-ci ne fera qu’une seule tentative et laissera dans son nid une trentaine d’œufs.
Le temps pour nous de mesurer la carapace, la baguer sur les deux nageoires avant et de prendre les photos d’identification.
Super expérience que nous venons de vivre. Nous terminons la nuit en continuant à sillonner la plage.
Le lendemain, ce sera une autre expérience. J’ai oublié le téléphone dans la tente qui nous permet de nous reposer au petit matin.
Je retourne seul le chercher et …..une tortue est en train de retourner à la mer.
Nous sommes passés devant à l’aller sans voir sa trace. Au petit matin nous comprendrons un peu mieux pourquoi nous l’avons ratée.
Le sol est rocailleux avec très peu de sable et la trace est à peine visible.
Nous constaterons également qu’elle n’a pas pondu.
Mais pour le moment, je suis tout seul avec la tortue qui retourne à la mer. La consigne de Nicolas dans ce cas « retournez la tortue pour pouvoir ensuite la baguer ». La bonne blague! Première tentative… raté, deuxième… raté également, la troisième sera la bonne mais elle est déjà à moitié dans l’eau.
J’appelle Valérie qui doit se trouver quelques centaines de mètres plus loin mais le vent contraire ne lui permettra pas de m’entendre.
Je culpabilise en voyant la tortue dans cette position, je prends les mesures de son plastron (j’apprendrai après coup que ça ne sert à rien), fait les photos d’identification et…sais pas trop quoi faire après.
Aller chercher le téléphone dans la tente, rejoindre Valérie… ces deux options nécessitent de laisser la tortue sur le dos et cette éventualité ne me plait pas. J’attends un peu en espérant que Valérie arrive puis je me décide à la remettre à l’endroit. Je viens juste de lui rendre sa liberté quand j’aperçois
la lampe de Valérie…
La deuxième semaine, nous inversons les taches des équipes. Nous allons découvrir les motus qui composent l’atoll de Tétiaroa. En deux jours, nous parcourons les motus où les tortues sont susceptibles de venir pondre.
Départ vers 6h30 pour un retour à la fin du parcours prévu qui se termine souvent dans l’après-midi. Le passage d’un motu à l’autre se fait en kayak lorsque Nicolas n’est pas disponible pour effectuer les transferts.
Pas d’observation de tortue la journée, juste le relevé des nouvelles traces qui sont assez facilement identifiables lorsque le terrain est sableux
, beaucoup moins facile lorsqu’il y a des rochers.
Une fois les traces trouvées, nous relevons toutes les caractéristiques qui permettent de comprendre le trajet de la tortue et si elle a ou non pondue. Identification du nid et des tentatives si la première ne correspond pas au nid.
Largeur de la trace, largeur du nid, hauteur du nid par rapport à la mer, schémas du tracé, nature du terrain…
Les nids se situent souvent en limite de végétation où se trouvent également les moustiques et
les nonos qui sont très nombreux dés que l’on pénètre à l’intérieur des motus.
Nous relèverons six nouvelles traces pendant cette deuxième semaine.
Cette deuxième semaine sera l’occasion de découvrir la beauté des paysages et de leurs habitants.
Les motus ne sont habités que par les animaux. Les oiseaux y sont très nombreux. Ils sont chez eux et nous le font savoir.
Il n’est pas rare d’en voir un arriver droit sur nous en piqué et tourner au dernier moment pour
nous éviter.
Nous sommes en pleine période de reproduction et les bébés sont nombreux.
Des frégates, gygis blanches, fous bruns, fous à pattes rouges, noddis et sternes huppées sont présent sur l’atoll. Nous faisons en sorte de ne pas les déranger.
Nous pouvons les observer de très près, un vrai bonheur pour les photos.
Les frégates qui sont en pleine parade
nuptiale, montrent leurs gorges rouges toutes gonflées pour attirer les femelles.
Les paysages sont également un rég
al.
On comprend pourquoi beaucoup de peintres sont venus s’inspirer en Polynésie.
Les couleurs qui changent au gré de la couverture nuageuse sont des palettes de nuances de bleus que je n’avais jamais vu
es auparavant.
Difficile de quitter cet endroit magique encore préservé. Nous avons conscience d’avoir eu le privilège de vivre pendant ces quinze jours sur cet atoll où très pe
u personne vont. Espérons que l’impact des hommes n’aura pas de conséquence sur son équilibre naturel et que les bébés tortues que nous avons sortis du nid pourront venir pondre dans une vingtaine d’ann
ée.
Les vingt et une heures de vol du retour commencent par le survol de l’atoll de Tétiaroa.
Nous reconnaissons les endroits que nous avons parcourus pendant ces quinze jours. Petit pincement au cœur sur cette photo vue du ciel qui confirme la beauté du site.